Quand j’ai vu le nom de ce village sur la carte, j’ai immédiatement
pensé à la Belle de Cadix qui a des yeux de velours, et vous invite à l’amour en chantant Chi-ca ! Chi-ca! Chic ! Ay ! Ay ! Ay ! À moins que ce ne soit son amant. De plus, dans un des
minibus que j’ai pris pour y arriver, et pour la première fois depuis que
j’emprunte ce mode de transport, un couple d’Occidentaux faisait partie du
voyage. Et, ho surprise, c’était des Espagnols. À n’en pas douter, il était
bien question ici d’un signe.
Pourquoi cet endroit ? Une fois de plus, juste pour m’y mettre au vert
quelque temps. J’y ai fait un peu de rando, du cheval et beaucoup de farniente.
L’altitude y est élevée et les nuits sont fraîches.
Tempy habite une très jolie maison sur les hauteurs du village avec son
mari, cadre supérieur dans l’industrie forestière. Ses trois enfants ont tous quitté
le nid familial.
Elle ne s’occupe pas non plus de sa maison. Plusieurs employés se
répartissent les tâches entre l’intérieur et l’extérieur de cette demeure. Il y
a un peu du Tara du film Autant en
Emporte le Vent dans ce mode de vie.
Je me suis posé la question de savoir si la « compréhension des choses »
finirait par être similaire avec le temps. C’est possible, mais ça prendra des
décennies. Aucun des Zimbabwéens blancs du village ne parle le shona, la langue
maternelle de tous les Noirs de cet endroit et de la majorité des habitants du
pays.
Aucun des trois enfants de Tempy ne parle le shona. Oui, ça prendra du
temps. Ce n’est pas qu’une question sociale ou d’éducation, c’est aussi une
affaire de culture. C’est surtout une affaire de culture.
Tempy est très sensibilisée aux questions environnementales, à la
protection des espèces menacées (animales et végétales), au développement
durable et tutti quanti. Une préoccupation de Blancs. Les Noirs (à l’exception d’une
infime minorité) s’en balancent comme de l’an quarante.
À la fin des années 2000, la crise économique provoquée par la
chute de la monnaie nationale a engendré une crise alimentaire majeure ici
comme dans beaucoup d’autres endroits du pays. Un des parcs nationaux situés non
loin du village possédait des élans et plusieurs espèces d’antilopes. Poussés
par la faim, les habitants ont pénétré dans le parc pour se
livrer au braconnage.
Il est très difficile pour les personnes qui développent les symptômes
de cette maladie de le leur faire accepter de subir un test. Elles s’y refusent
jusqu’au moment où, n’ayant plus le choix, elles consentent à se faire prendre
en charge. Le traitement est gratuit. Malheureusement, dès que leur état semble
s’améliorer, elles cessent de suivre leur traitement. L’issue en est presque
toujours fatale.
Le salaire d’un infirmier dans ce pays est de 400 $ par mois. Celui
d’un médecin de 1000 $. Pour les employés de magasin ou de l’industrie
hôtelière, ça tourne entre 80 $ et 100 $. Le prix du litre d’essence
est de 1,50 $ pour le super et 1,40 $ pour le gas-oil. Le repas le
moins cher, qu’on nomme nshima en
Zambie et sadza au Zimbabwe, composé
d’une bouillie épaisse de farine de maïs, de légumes verts et d’un morceau de
poulet, est de 1 $. Un repas dans un fastfood (un morceau de poulet et une
portion de frites) coûte au minimum 3 $ sans la boisson. Le prix d’une
chambre varie de 15 $ à 40 $. Il est de 20 $ au Farmhouse.
À l’exception des classes moyennes supérieures, les citadins de ce pays
s’en sortent moins bien que les gens qui habitent la campagne. Pour ces
derniers, les besoins essentiels sont assurés par une économie de subsistance
reposant sur un potager, un champ de maïs et quelques volailles.
Malgré cette pauvreté et les difficultés quotidiennes auxquelles les
habitants doivent faire face, la criminalité demeure extrêmement faible au
Zimbabwe. Et que ce soit à Harare ou dans le reste du pays, je n’ai jamais
éprouvé de crainte.
J’ai beaucoup aimé Chimanimani. C’est tout à fait le genre d’endroit où
j’aurais aimé prolonger mon séjour.
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