Me voilà de retour en Afrique
du Sud. Mon bref passage à la fin du mois de juin ne m’avait pas laissé une
idée très positive de ce pays. Je le regrette beaucoup. J’aimerais que ce
second passage me laisse sur l’impression inverse.
Les formalités pour la sortie du Zimbabwe furent rapides. Mais après avoir
traversé le pont qui enjambe le fleuve Limpopo et sépare les deux pays, la
queue au poste sud-africain s’étendait sur une centaine de mètres et l’attente à
plus d’une heure.
Après des jours d’attente, plusieurs finissent par s’entasser dans les
bidonvilles qui encerclent la ville. Ils tentent alors de se faire engager
localement dans des emplois précaires et sous-payés. Cette situation conduit à
une chute des salaires et au mécontentement des habitants pour qui ces gens
viennent manger le pain des Sud-Africains.
Certains parmi eux versent dans la délinquance et la criminalité, bien
que les Sud-Africains possèdent déjà une large expérience dans ces domaines.
Sitôt la frontière passée, je me suis fait rappeler cette réalité par un
panneau situé sur le bord de la route pour avertir les automobilistes qu’ils sont
dans une zone criminelle à haut risque et à ne pas s’arrêter. Bienvenue en Afrique
du Sud.
C’est dans cette ville de Musina que j’ai fait la connaissance de Johann et Hanna, les propriétaires de la pension dans
laquelle je suis resté. Johann est un pur Afrikaner, un descendant des
pionniers qui ont bâti ce pays, une carrière divisée pour moitié dans les
forces armées et l’autre dans la police. Johann est nostalgique du bon vieux
temps, du temps de l’Apartheid où les Blancs vivaient séparés des noirs, du
temps des « guerres de brousse » où il combattait les militants de l’ANC sur la
frontière et les Cubains en Angola, du temps où l’ennemi était identifiable, du
temps où il était facile de distinguer le bien du mal. Johann est un guerrier,
le regard bleu acier affuté et tranchant comme un rasoir. Johann n’aime pas
cette nouvelle Afrique du Sud. Je ne sais pour quelle raison, mais j’ai
immédiatement trouvé Johann très sympathique.
Hanna est parfaitement bien assortie à Johann. Elle est Bulgare et a connu
la fin du communisme, du temps où les Bulgares crevaient de faim, mais où la
solidarité rendait les gens heureux. Un temps de pénurie. Un temps où le
bonheur n’était pas synonyme de consommation à outrance. Un temps où être
pauvre n’était pas une tare. Hanna élève une cinquantaine de chats et une
demi-douzaine de chiens. Elle est croyante et a construit une chapelle orthodoxe
dans le jardin. Hanna est proche des Russes et ennemie des Turcs. Pour Hanna,
entre le purgatoire et le paradis existe un pays qu’on appelle la France. Elle
partage les idées de Johann sur l’Afrique du Sud et est tout aussi nostalgique
du bon vieux temps. Et pour la même raison inconnue que pour Johann, j’ai tout
de suite éprouvé beaucoup de sympathie pour Hanna.
Ils m’ont invité le lendemain de mon arrivée pour partager avec eux le
déjeuner dominical. Un peu plus tard dans la journée, nous sommes allés faire
un tour aux environs de la ville et nous nous sommes arrêtés auprès du « baobab
éléphant », une des attractions touristiques de la région. J’ai prolongé mon
séjour à Musina d’une journée et ils m’ont de nouveau invité ; cette fois pour
aller dîner dans un restaurant éthiopien dont la nourriture était excellente.