Thursday, July 31, 2014

Un petit goût de Portugal


Mon aversion vis-à-vis de Blantyre ne s’est pas atténuée après mon départ de cette ville. Bien au contraire. En revenant du consulat, je suis allé réserver un billet de bus pour effectuer le trajet direct entre Blantyre et Tete au Mozambique.

J’aurais pu faire, comme je fais souvent, aller directement à la gare routière, prendre un bus local jusqu’à la frontière, la traverser, et reprendre un autre bus local de l’autre côté. Mais j’ai voulu m’éviter des marches, des attentes et des transferts trop nombreux. Mal m’en a pris.

Le bus était bien là, ainsi que la soixantaine de passagers pour Harare ou Johannesburg, la destination finale. Mais allez savoir pourquoi, le bus ne pouvait pas partir comme prévu à 8 h. De plus, il tombait une petite pluie fine et froide. Pas de quoi me réconcilier avec cette ville.

Les palabres entre les passagers et les employés de la compagnie devenaient interminables. J’ai pensé vivre à nouveau la même mésaventure qu’à Lusaka. Il a finalement été décidé que trois minibus nous achemineraient jusqu’à la frontière où, parait-il, un bus nous attendait.

Zambèze
Arrivés au poste-frontière du Malawi, et avant de quitter ce pays, nous sommes tous passés par les services d’immigration pour faire valider notre sortie du territoire. À l’extérieur du bâtiment, deux hommes nous ont demandé de leur remettre nos passeports. Les passagers ont obtempéré… sauf moi. Quand je leur ai demandé qui ils étaient, ils m’ont répondu qu’ils étaient policiers. Sans uniformes pour me permettre de les identifier, je leur ai demandé leurs papiers. Pas de papiers. Pas de papiers ? Pas de papiers… pas de passeport.

J’ai continué de marcher en direction du Zimbabwe. Une femme est venue à ma rencontre et s’est présentée comme policière (toujours sans uniforme) en me demandant de lui remettre mon passeport. Nouvelle demande de ma part pour qu’elle présente une pièce d’identité. Sa pièce d’identité était soi-disant dans son bureau. « Très bien, lui ai-je répondu, allons dans votre bureau pour vérifier ». Nous y sommes donc allés. Elle était bien policière. Je lui ai alors remis mon passeport qu’elle a vérifié et rendu.

Les derniers contrôles du poste frontière du Malawi franchi, un bus était bien là qui nous attendait. La plupart des passagers étaient déjà dedans. Tous des ressortissants du Malawi à part un Zimbabwéen et un Sud-Africain. Comme toujours depuis que j’ai commencé à voyager dans cette région, j’étais le seul passager blanc.

Les gens que je rencontre pendant ces trajets parfois très longs sont toujours très sympathiques. La première question à mon sujet est évidemment de savoir d’où je viens. Quand je réponds « Reunion Island », ça suscite beaucoup d’intérêt et d’interrogation. Rares sont ceux qui connaissent ou en ont entendu parler. L’exception fut celle d’un Botswanais. Non seulement savait-il où l’île était située, mais aussi qu’un volcan y était actif, que les habitants parlaient français et qu’ils utilisaient l’euro comme monnaie. Quasiment personne ne connaît La Réunion, mais presque tout le monde sait où se situe Maurice.

Pour en revenir au bus, deux heures plus tard il n’était toujours pas parti. Je ne voulais pas arriver après la tombée du jour à Tete. J’ai pris un taxi collectif qui m’a emmené à travers le no man’s land de cinq kilomètres jusqu’au poste de frontière du Mozambique. Dix minutes plus tard, j’étais dans un minibus en direction de Tete.

La seule raison pour moi de choisir Tete comme ville étape est qu’elle est située sur le Zambèze. Mis à part cette particularité et le fait que la plupart des gens, comme partout au Mozambique, y baragouinent le portugais, la ville ne possède aucun intérêt particulier qui mérite de s’y arrêter. Comme toutes les villes dans lesquelles j’ai fait étape dernièrement, elle est grouillante de monde, dégoutante de pollution, encombrée de véhicules et parsemée de trous sur les trottoirs. J’ai diné dans un restaurant portugais en choisissant le poisson que je pensais avoir été sorti du Zambèze, mais qui ne sortait que du congélateur.

J’ai donc franchi le Zambèze au coucher du soleil et je suis allé faire un tour le lendemain à l’aube sur le pont qui l’enjambe avant de quitter Tete pour le Zimbabwe et sa capitale.

Depuis Blantyre, j’aperçois beaucoup de baobabs au milieu du paysage. Le fait que ce soit l’hiver et qu’ils aient perdu leur feuillage accentue encore davantage leur imposante majesté. Ils trônent parfois au milieu des villages comme des souverains au milieu de leurs sujets.



Bilan et réflexions

Compte tenu des circonstances, ce bilan a bien failli se limiter à un mois de voyage. Et les raisons qui l’auraient limité à...