Je ne voulais pas quitter ce pays sans avoir visité le « Grand Zimbabwe ».
C’est la plus grande cité médiévale au sud du Sahara, le site le plus sacré du
pays, tellement sacré qu’il a donné son nom au pays en 1980. En effet, jusqu’à
cette date, ce pays était surtout connu sous son ancienne appellation coloniale
de Rhodésie. En 1986, le site a été inscrit par l’Unesco au Patrimoine mondial
de l’humanité.
Il n’existe aucun écrit. Je n’ai d’ailleurs jamais entendu parler d’une
société ayant développé quelques formes d’écriture que ce soit en Afrique noire.
Seuls les vestiges archéologiques de cette cité et la transmission orale des
légendes et des contes permettent de spéculer sur ce que cette cité a pu être
autrefois.
Les datations au carbone 14 font remonter le début de l’occupation du
site au 11e siècle. Les premières constructions en pierres sèches qui
caractérisent cette cité furent érigées un siècle plus tard. En outre, les fouilles
ont révélé que de la porcelaine chinoise, de l’orfèvrerie persane et des objets
du golfe Persique avaient très certainement servi comme monnaie d’échange
contre de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Jusqu’au 15e siècle, cette cité
était donc devenue une capitale religieuse et politique importante au sud du
continent.
Pendant toute cette période, sa population ne cessa d’augmenter jusqu’à
atteindre les 20 000 âmes. La pression environnementale exercée par cette
croissance humaine en plus des troupeaux de bovins qui assuraient sa
subsistance aura raison de cette cité. Le déclin fut brutal et, au moment de
l’arrivée des Portugais au début du 16e siècle, il ne restait plus rien de la splendeur
du Grand Zimbabwe.
— Viçente Pegado, captaine, garnison portugaise
de Sofala, 1531.
Je suis resté deux jours et deux nuits sur le site. J’ai logé dans une
hutte en béton aux mêmes dimensions que les huttes traditionnelles. Une demi-douzaine
de ces huttes a été construite par le gouvernement pour loger les gens de
passages. Mis à part le matériau et l’aménagement intérieur, la différence
tenait principalement aux ouvertures. En effet, je n’avais jamais réalisé que
la hutte africaine traditionnelle ne comportait aucune fenêtre.