Friday, August 8, 2014

La cité mystérieuse

Je ne voulais pas quitter ce pays sans avoir visité le « Grand Zimbabwe ». C’est la plus grande cité médiévale au sud du Sahara, le site le plus sacré du pays, tellement sacré qu’il a donné son nom au pays en 1980. En effet, jusqu’à cette date, ce pays était surtout connu sous son ancienne appellation coloniale de Rhodésie. En 1986, le site a été inscrit par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité.

Ce site mystérieux indique qu’un niveau de développement et d’organisation sociale avancé a été autrefois atteint dans cette partie de l’Afrique. Pendant longtemps, les spécialistes ont refusé de croire à cette éventualité. Ils ont alors envisagé l’hypothèse que des Phéniciens auraient pénétré jusqu’au cœur du continent pour y fonder cette cité comme ils l’avaient fait tout autour du bassin méditerranéen.

Aujourd’hui, ces mêmes spécialistes prêchent par l’excès inverse. Ils vont jusqu’à parler d’une « civilisation » et d’un empire shona. À partir de cette capitale, cet empire aurait étendu son influence jusqu’à l’actuel Mozambique, au Botswana et à l’Afrique du Sud. Une brochure gouvernementale évoque même une des « premières capitales mondiales » à la fin du 15e siècle.

Comme toujours, la vérité se situe très probablement à mi-chemin entre ces deux exagérations. Pas de Phéniciens, pas d’empire et pas de civilisation, mais une société africaine suffisamment bien organisée et développée religieusement et politiquement pour avoir érigé cette cité et assujetti les peuplades voisines.

Il n’existe aucun écrit. Je n’ai d’ailleurs jamais entendu parler d’une société ayant développé quelques formes d’écriture que ce soit en Afrique noire. Seuls les vestiges archéologiques de cette cité et la transmission orale des légendes et des contes permettent de spéculer sur ce que cette cité a pu être autrefois.

Les datations au carbone 14 font remonter le début de l’occupation du site au 11e siècle. Les premières constructions en pierres sèches qui caractérisent cette cité furent érigées un siècle plus tard. En outre, les fouilles ont révélé que de la porcelaine chinoise, de l’orfèvrerie persane et des objets du golfe Persique avaient très certainement servi comme monnaie d’échange contre de l’or, de l’ivoire et des esclaves. Jusqu’au 15e siècle, cette cité était donc devenue une capitale religieuse et politique importante au sud du continent.
 
Pendant toute cette période, sa population ne cessa d’augmenter jusqu’à atteindre les 20 000 âmes. La pression environnementale exercée par cette croissance humaine en plus des troupeaux de bovins qui assuraient sa subsistance aura raison de cette cité. Le déclin fut brutal et, au moment de l’arrivée des Portugais au début du 16e siècle, il ne restait plus rien de la splendeur du Grand Zimbabwe.

« À proximité des mines d'or de l'intérieur, entre la Limpopo et le Zambèze, il existe une forteresse de pierre d'une taille extraordinaire, sans qu'il semble que du mortier ait été utilisé... Cette construction est entourée de collines sur lesquelles se trouvent d'autres constructions similaires n'utilisant pas de mortier, et l'une d'entre elles est une tour de plus de 12 brasses [22 mètres] de haut. Les habitants de la région appellent ces constructions Symbaoe, qui signifie en leur langage : "cour". »
— Viçente Pegado, captaine, garnison portugaise de Sofala, 1531.

Je suis resté deux jours et deux nuits sur le site. J’ai logé dans une hutte en béton aux mêmes dimensions que les huttes traditionnelles. Une demi-douzaine de ces huttes a été construite par le gouvernement pour loger les gens de passages. Mis à part le matériau et l’aménagement intérieur, la différence tenait principalement aux ouvertures. En effet, je n’avais jamais réalisé que la hutte africaine traditionnelle ne comportait aucune fenêtre.















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