Monday, August 11, 2014

Qui se ressemble s'assemble


Me voilà de retour en Afrique du Sud. Mon bref passage à la fin du mois de juin ne m’avait pas laissé une idée très positive de ce pays. Je le regrette beaucoup. J’aimerais que ce second passage me laisse sur l’impression inverse.

Les formalités pour la sortie du Zimbabwe furent rapides. Mais après avoir traversé le pont qui enjambe le fleuve Limpopo et sépare les deux pays, la queue au poste sud-africain s’étendait sur une centaine de mètres et l’attente à plus d’une heure.

C’est le point de passage obligé de tous les migrants venus du nord à la recherche d’une situation meilleure. La majorité d’entre eux sont Zimbabwéens, mais ils viennent d’aussi loin que l’Éthiopie et le Nigéria. L’Afrique du Sud est l’Eldorado de l’Afrique noire. Une fois la frontière passée, la réalité est loin d’être conforme au rêve qu’il s’était fait de la Terre promise. Ils s’entassent au sud de la ville frontière de Musina sur la N1 qui mène à Jo’burg, la main tendue vers le ciel dans l’attente d’une âme charitable qui les mènera vers cette cité où coule le lait et le miel.

Après des jours d’attente, plusieurs finissent par s’entasser dans les bidonvilles qui encerclent la ville. Ils tentent alors de se faire engager localement dans des emplois précaires et sous-payés. Cette situation conduit à une chute des salaires et au mécontentement des habitants pour qui ces gens viennent manger le pain des Sud-Africains.

Certains parmi eux versent dans la délinquance et la criminalité, bien que les Sud-Africains possèdent déjà une large expérience dans ces domaines.

Sitôt la frontière passée, je me suis fait rappeler cette réalité par un panneau situé sur le bord de la route pour avertir les automobilistes qu’ils sont dans une zone criminelle à haut risque et à ne pas s’arrêter. Bienvenue en Afrique du Sud.

C’est dans cette ville de Musina que j’ai fait la connaissance de Johann et Hanna, les propriétaires de la pension dans laquelle je suis resté. Johann est un pur Afrikaner, un descendant des pionniers qui ont bâti ce pays, une carrière divisée pour moitié dans les forces armées et l’autre dans la police. Johann est nostalgique du bon vieux temps, du temps de l’Apartheid où les Blancs vivaient séparés des noirs, du temps des « guerres de brousse » où il combattait les militants de l’ANC sur la frontière et les Cubains en Angola, du temps où l’ennemi était identifiable, du temps où il était facile de distinguer le bien du mal. Johann est un guerrier, le regard bleu acier affuté et tranchant comme un rasoir. Johann n’aime pas cette nouvelle Afrique du Sud. Je ne sais pour quelle raison, mais j’ai immédiatement trouvé Johann très sympathique.

Hanna est parfaitement bien assortie à Johann. Elle est Bulgare et a connu la fin du communisme, du temps où les Bulgares crevaient de faim, mais où la solidarité rendait les gens heureux. Un temps de pénurie. Un temps où le bonheur n’était pas synonyme de consommation à outrance. Un temps où être pauvre n’était pas une tare. Hanna élève une cinquantaine de chats et une demi-douzaine de chiens. Elle est croyante et a construit une chapelle orthodoxe dans le jardin. Hanna est proche des Russes et ennemie des Turcs. Pour Hanna, entre le purgatoire et le paradis existe un pays qu’on appelle la France. Elle partage les idées de Johann sur l’Afrique du Sud et est tout aussi nostalgique du bon vieux temps. Et pour la même raison inconnue que pour Johann, j’ai tout de suite éprouvé beaucoup de sympathie pour Hanna.

Ils m’ont invité le lendemain de mon arrivée pour partager avec eux le déjeuner dominical. Un peu plus tard dans la journée, nous sommes allés faire un tour aux environs de la ville et nous nous sommes arrêtés auprès du « baobab éléphant », une des attractions touristiques de la région. J’ai prolongé mon séjour à Musina d’une journée et ils m’ont de nouveau invité ; cette fois pour aller dîner dans un restaurant éthiopien dont la nourriture était excellente.


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