La géographie du Malawi se caractérise principalement par son lac. Il
occupe une grande partie du territoire et il est surnommé le « Lac calendrier » à cause de sa
superficie : 365 miles (587 km) de long par 52 miles (83 km) de
large. Il contient plus d’espèces de poisson qu’aucun autre lac au monde. Ses
eaux forment 75 % de la frontière naturelle du pays avec ses voisins à
l’est.
Les touristes sont attirés par les nombreuses petites plages disséminées
le long de son rivage, les ballades en kayak sur ses eaux cristallines et la
plongée sous-marine réputée pour la multitude de poissons multicolores qu’on
peut y apercevoir. Je ne l’ai pas visité. Je l’ai entraperçu depuis une route
en corniche qui le longe de quelques kilomètres sur sa côte ouest.
J’en ignore la raison, mais j’éprouve toujours quelques réticences à me
rendre là où tout le monde va. Je suis allé à quelques reprises en Chine, mais
je n’ai encore jamais vu Xi’an, l’ancienne capitale impériale, et sa fameuse
armée de terre cuite. J’ai failli ne pas voir le Taj Mahal. Je m’y suis fait
trainer. Je n’ai pas regretté. Il est probable et même certain que je n’aurais
pas été déçu par ce lac. Une autre fois peut-être.
C’était pourtant un endroit tout indiqué pour ce que je souhaitais faire.
Je voulais en effet me mettre un peu au vert pour relaxer deux ou trois jours à
mi-chemin de mon voyage. Mais Zomba me semblait plus indiqué comme destination.
C’est une petite ville de villégiature où l’élite du pays vient se
reposer. Elle fut la capitale du pays de 1891 jusqu’au milieu des années 1970.
Le Président y dispose d’une résidence entourée d’un parc immense de plusieurs
hectares. C’est situé juste en face d’un golf à dix-huit trous et tout à côté de bicoques aux toits en tôle. Le
contraste est saisissant.
Au Malawi, nous sommes bien dans ce qu’on appelle communément un pays en
voie de développement. Comme tous ces semblables, il risque de le rester encore
longtemps. Il reste un des pays les plus pauvres de la planète avec un PNB par
habitant de 250 $. La moitié de la population est chroniquement
sous-alimentée et l’espérance de vie n’y est que de 53 ans (à cause
principalement du Sida). Environ 16 millions d’habitants se concentrent sur ce
territoire étroit, ce qui en fait un des pays d’Afrique avec la population la
plus dense au km².
Plus je me dirige vers le nord-est, et plus la religion musulmane est
présente. Le Malawi compte environ 20 % de croyant. Beaucoup de commerces
à Zomba sont tenus par des descendants de négociants indo-pakistanais arrivés
pour la plupart avec le colonisateur britannique. La ville compte également
plusieurs commerçants de descendance chinoise.
Les espèces de bois endémiques ont depuis longtemps disparu pour faire
place aux espèces exotiques. Ce sont principalement des conifères à la
croissance rapide et au rendement élevé.
Le guide, peu de temps après être parti, se plaignait déjà du peu
d’argent que j’allais lui remettre à la fin de cette petite balade. Nous nous
étions pourtant bien mis d’accord sur le montant. C’est courant. Je lui ai demandé
ce qu’il préférait comme activité : guider les touristes ou porter du bois
pour un salaire de misère ? Il ne m’a presque plus adressé la parole pendant le
restant de la rando d’une douzaine de kilomètres.
Je n’ai pas visité le lac Malawi, mais je suis allé voir le lac Chilwa
situé à l’est de Zomba. Je suis d’abord tombé sur le contrôleur des pêcheries.
La pêche est fortement réglementée et il est interdit d’y prendre du poisson pendant
la période de reproduction d’une durée de trois mois. Il m’a bombardé de
statistiques et de détails sur le lac et sa faune. J’ai ainsi appris que
contrairement au lac Malawi, celui-ci a la particularité d’être partiellement
salé.
J’ai ainsi appris qu’il se pêchait dans ce lac un poisson appelé Chomba, beaucoup plus petit que celui du
lac Malawi, et réputé dans tous les pays de la région. Ces poissons sont localement
séchés, frits ou fumés et s’exportent jusqu’en Afrique du Sud et même bien au-delà
dans plusieurs pays occidentaux, en Chine et au Japon.
Depuis environ deux ans, l’eau du lac est presque revenue à son niveau
normal. Le Chomba et autres espèces
réapparaissent petit à petit.
Quant aux habitants du village, tout au moins pour les survivants, ils
se sont remis péniblement au travail et tentent tant bien que mal de rembourser
ce qu’ils doivent. Contrairement aux pays donateurs qui passent régulièrement
l’éponge sur les dettes des pays pauvres, les banques ne sont jamais aussi
généreuses avec les miséreux. « Salauds de
pauvres ! », avait lancé Jean Gabin dans une réplique restée célèbre du
cinéma français.