Friday, August 22, 2014

Durban : un petit air de Réunion


Mise à part Johannesburg, où je n’ai pas eu d’autre choix que de repasser pour transiter vers Kruger et où je dois retourner pour y prendre l’avion, l’autre ville d’Afrique du Sud où je ne voulais surtout pas aller était Durban. Cette ville de 3,5 millions d’habitants a la réputation d’être aussi dangereuse que Jo’burg.

Il ne faudrait jamais dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ». Non seulement j’y suis allé, mais j’y suis resté. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai trouvé cette ville plutôt sympathique.

Après avoir quitté St Lucia de très bonne heure, je suis passé par Mtubatuba où j’ai changé de bus pour me diriger vers Durban. J’espérais y arriver en milieu de journée afin de reprendre un autre bus pour les montagnes du Drakensberg, ma dernière étape de ce voyage de deux mois avant de reprendre l’avion à Johannesburg.

Aucun bus ne partait vers le nord depuis l’une des gares routières de Durban où je suis arrivé vers 13 h. J’ai donc pris un taxi pour aller me renseigner auprès de l’office de tourisme. Après une très longue discussion, le directeur n’a pas voulu m’indiquer l’endroit où je pourrais prendre le même type de transport que j’utilise habituellement. Il craignait pour ma sécurité. J’ai eu beau insister et lui dire que je me sentais parfaitement en sécurité dans ces minibus publics. Rien à faire. Il tenait absolument à ce que je prenne un bus touristique.

Il était trop tard pour essayer de me débrouiller par mes propres moyens. Le temps que je trouve la gare routière, que le bus se remplisse, que je sois peut-être obligé d’en prendre un autre à mi-chemin, je risquais de n’arriver à destination qu’en pleine nuit.

Entre-temps, le directeur s’était renseigné et me proposait de prendre un « baz-bus » le dès le lendemain matin depuis mon hôtel. Ces bus sont exclusivement réservés aux touristes. Ils desservent les endroits les plus visités de l’Afrique du Sud et sont très populaires parmi les étrangers. Ils sont évidemment très sécuritaires, partent et arrivent toujours à l’heure prévue. Ils viennent vous chercher à votre hôtel et vous déposent là où vous voulez. Ils sont aussi beaucoup plus chers que les transports publics avec le grand désavantage de vous couper de la population locale. Comme je ne connaissais pas, j’ai profité de cette occasion pour tenter cette expérience.

J’ai pris une chambre dans un hôtel proche de la plage, une sorte d’ancienne usine très joliment reconvertie avec une cuisine commune et des chambres sympas. La mienne portait le nom de iKay (« chez-soi » en zoulou). J’ai fait la réservation du baz bus pour le lendemain et je suis allé faire un petit tour au bord de l’océan Indien en après-midi.

Je n’ai pas vu grand-chose de Durban, mais le peu que j’en ai vu m’a laissé sur une vision plutôt positive. Le fait d’être au bord de l’océan y est sans doute pour quelque chose. Elle est moins oppressive et plus ouverte sur l’espace que Jo’burg. Son architecture coloniale et art déco du centre-ville lui donne un cachet plus apaisant que les gratte-ciels écrasants et stressants de sa consœur du nord.
 
La population d’origine indienne qui réside à Durban constitue la communauté indienne la plus nombreuse à l’extérieur de l’Inde. Tout comme à La Réunion et à Maurice, les Indiens sont arrivés ici au milieu des années 1800 pour travailler dans les plantations de cannes à sucre, plantations qu’on retrouve encore aujourd’hui tout le long de la route du littoral que j’ai empruntée en matinée. C’est sans doute aussi ce petit air réunionnais qui m’a plu dans cette ville.

À l’office du tourisme, j’ai eu la surprise de voir à nouveau trois Français que j’avais rencontrés à St Lucia. Ils m’avaient alors raconté être venus assister au mariage d’un de leurs amis. Ils avaient débarqué de l’avion au Cap, loué une voiture à l’aéroport et pris l’autoroute jusqu’à St Lucia. De là, ils devaient participer à un safari et repartir pour Durban assister au mariage. Lors de notre rencontre à St Lucia, ils avaient semblé très sceptiques face au portrait que je leur avais sommairement dressé de l’Afrique du Sud et notamment sur la dangerosité de ce pays.

Ils avaient changé d’avis. C’est vrai aussi que si on parcourt le réseau autoroutier sud-africain, magnifiquement construit, parsemé d’airs de repos joliment agencés avec des restaurants très chics et même parfois des centres commerciaux, on peut avoir l’impression de traverser l’Europe ou l’Amérique du Nord.

Les plus beaux paysages et les lieux touristiques les plus fréquentés, dotés des activités les plus populaires, n’en sont jamais très éloignés. Ces endroits, tels St Lucia ou Kruger, sont presque exclusivement visités par des Sud-Africains blancs ou des étrangers. Mais lorsqu’on s’éloigne de cette carte postale, la réalité quotidienne sud-africaine nous plonge brutalement dans le côté verso contrasté et violent du pays.

Ils venaient de traverser une partie du centre-ville et avaient marché les deux cents derniers mètres jusqu’à l’office du tourisme. Une des deux filles en avait attrapé un violent mal au ventre et voulait rentrer à l’hôtel et ne plus en sortir. Ils avaient encore en mémoire l’histoire de ces deux touristes américains que je leur avais racontée.

J’avais rencontré ces deux Américains âgés d’une trentaine d’années à Kruger. C’est là qu’ils m’avaient raconté leur mésaventure. Ils avaient eux aussi débarqué au Cap et voyagé à travers l’Afrique du Sud pendant deux semaines avec le baz bus ou des voitures de location. Ils en étaient arrivés à trouver fortement exagérée la réputation d’insécurité que l’on prêtait à ce pays.

Avec cette vision de carte postale en tête, ils étaient arrivés à la gare routière de Park Station à Johannesburg, l’endroit même où j’avais débarqué en soirée le jour de mon arrivée deux mois plus tôt. Il était aux environs de midi. Avec leurs gros sacs à dos, ils faisaient une cible parfaite et très peu mobile. Ils n’ont pas marché longtemps.

Six hommes les ont rapidement entourés. En moins de deux minutes, tout était terminé et tout avait disparu : argent liquide (plus de 1000 $ chacun caché dans leurs sous-vêtements), cartes de crédit, passeports, montres, bijoux, smartphones, tablettes, ordinateurs portables et appareils photo. Le tout avait changé de propriétaires. La foule, nombreuse à cette heure du jour, avait assisté impuissante à cette agression qui s’était heureusement terminée sans effusion de sang. Ce n’était pas toujours le cas.

Juste après être sorti du Swaziland, j’avais rencontré une très jolie Hollandaise dans le début de la trentaine ; une blonde aux yeux bleus comme on s’imagine les Hollandaises, aussi grande que moi, et avec qui j’avais voyagé jusqu’à St Lucia. Elle bourlinguait seule et avait commencé son voyage neuf mois plus tôt au Kenya.

Les voyageurs se repèrent facilement. Je ne parle pas des touristes, mais bien des voyageurs. La façon de se déplacer est différente. Le regard est différent. L’habillement est différent. Les lieux où on les rencontre sont différents. Le discours est différent. Les moyens de transport qu’ils utilisent sont différents.

Elle était passée par le Malawi et avait acheté un vélo à Lilongwe. De là, elle avait pédalé jusqu’au Cap à travers plusieurs pays. De tous les pays qu’elle avait visités depuis neuf mois, le pays qui lui avait plu le moins et où elle avait été confrontée à des situations parfois très difficiles en tant que fille, c’était l’Afrique du Sud et uniquement l’Afrique du Sud. Comme moi, elle ne comprenait pas qu’il y ait autant de touristes en Afrique du Sud alors que les pays aux alentours étaient nettement plus intéressants à visiter.

Lorsque j’avais rencontré ces trois touristes français pour la première fois et que je leur avais conté l’histoire de ces deux Américains, ils avaient été unanimes pour me répondre que ces Américains n’avaient tout simplement pas eu de chance et qu’ils s’étaient retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. C’est vrai. Mais quand les mauvais endroits et les mauvais moments se retrouvent ainsi concentrés sur un seul pays, ce n’est plus seulement une question de chance, c’est aussi qu’il existe bel et bien un problème dans ce pays.

Bilan et réflexions

Compte tenu des circonstances, ce bilan a bien failli se limiter à un mois de voyage. Et les raisons qui l’auraient limité à...