Mon aversion vis-à-vis de Blantyre ne s’est pas atténuée après mon
départ de cette ville. Bien au contraire. En revenant du consulat, je suis allé
réserver un billet de bus pour effectuer le trajet direct entre Blantyre et
Tete au Mozambique.
Le bus était bien là, ainsi que la soixantaine de passagers pour Harare
ou Johannesburg, la destination finale. Mais allez savoir pourquoi, le bus ne
pouvait pas partir comme prévu à 8 h. De plus, il tombait une petite pluie
fine et froide. Pas de quoi me réconcilier avec cette ville.
Les palabres entre les passagers et les employés de la compagnie
devenaient interminables. J’ai pensé vivre à nouveau la même mésaventure qu’à
Lusaka. Il a finalement été décidé que trois minibus nous achemineraient
jusqu’à la frontière où, parait-il, un bus nous attendait.
| Zambèze |
Arrivés au poste-frontière du Malawi, et avant de quitter ce pays, nous
sommes tous passés par les services d’immigration pour faire valider notre
sortie du territoire. À l’extérieur du bâtiment, deux hommes nous ont demandé
de leur remettre nos passeports. Les passagers ont obtempéré… sauf moi. Quand
je leur ai demandé qui ils étaient, ils m’ont répondu qu’ils étaient policiers.
Sans uniformes pour me permettre de les identifier, je leur ai demandé leurs
papiers. Pas de papiers. Pas de papiers ? Pas de papiers… pas de passeport.
J’ai continué de marcher en direction du Zimbabwe. Une femme est venue à
ma rencontre et s’est présentée comme policière (toujours sans uniforme) en me
demandant de lui remettre mon passeport. Nouvelle demande de ma part pour
qu’elle présente une pièce d’identité. Sa pièce d’identité était soi-disant
dans son bureau. « Très bien, lui ai-je répondu, allons dans votre bureau pour
vérifier ». Nous y sommes donc allés. Elle était bien policière. Je lui ai
alors remis mon passeport qu’elle a vérifié et rendu.
Les derniers contrôles du poste frontière du Malawi franchi, un bus
était bien là qui nous attendait. La plupart des passagers étaient déjà dedans.
Tous des ressortissants du Malawi à part un Zimbabwéen et un Sud-Africain.
Comme toujours depuis que j’ai commencé à voyager dans cette région, j’étais le
seul passager blanc.
Pour en revenir au bus, deux heures plus tard il n’était toujours pas
parti. Je ne voulais pas arriver après la tombée du jour à Tete. J’ai pris un
taxi collectif qui m’a emmené à travers le no
man’s land de cinq kilomètres jusqu’au poste de frontière du Mozambique.
Dix minutes plus tard, j’étais dans un minibus en direction de Tete.
J’ai donc franchi le Zambèze au coucher du soleil et je suis allé faire
un tour le lendemain à l’aube sur le pont qui l’enjambe avant de quitter Tete
pour le Zimbabwe et sa capitale.
Depuis Blantyre, j’aperçois beaucoup de baobabs au milieu du paysage. Le
fait que ce soit l’hiver et qu’ils aient perdu leur feuillage accentue encore
davantage leur imposante majesté. Ils trônent parfois au milieu des villages
comme des souverains au milieu de leurs sujets.