Sunday, August 24, 2014

Le royaume du Lesotho


J’ai fini par trouver le royaume montagnard sur lequel je pensais tomber au Swaziland. C’est le Lesotho. Il ne faisait pas partie de mes plans et je m’y suis retrouvé par hasard.

Le baz bus est venu comme convenu me chercher à l’hôtel très tôt en matinée. J’ai embarqué en compagnie d’une jeune Française qui venait de terminer un stage de trois mois au Cap et qui prenait quelques jours de vacances avant de rentrer chez elle à Strasbourg. D’autres touristes ont été récupérés de part et d’autre de l’autoroute N3 qui mène à Jo’burg. Je faisais partie de la demi-douzaine de ceux qui ont débarqué au Amphitheatre Backpackers Lodge au nord des montagnes du Drakensberg. Les autres poursuivaient vers Jo’burg

L’endroit est très isolé au milieu d’un paysage qui ressemble à s’y méprendre à un paysage du sud des États-Unis. J’ai pensé au film « Bagdad Café » en voyant cet endroit. L’hôtel proposait quelques randos et excursions. Pour le lendemain était prévue une balade d’une journée au Lesotho ou une rando dans la partie élevée des Drakensberg. Je me suis donné l’après-midi pour réfléchir et je suis allé seul faire une petite rando en après-midi dans les alentours. En rentrant en soirée, je me suis décidé pour l’excursion au Lesotho.

Nous sommes donc partis à une dizaine de touristes vers ce petit royaume enclavé. Avant de sortir de l’Afrique du Sud, nous avons traversé l’immense agglomération de QwaQwa. C’est un ancien bantoustan, une région créée durant la période de l’apartheid et réservée aux populations noires. Aucun pays à part l’Afrique du Sud et la Namibie ne reconnut ces territoires. À terme, leur création visait à regrouper une ethnie par territoire avec les Noirs dans leurs bantoustans respectifs et les Blancs dans le reste de l’Afrique du Sud. Ce fut un échec. Le maximum jamais atteint fut d’un peu plus de la moitié de la population noire rassemblée au sein de ces territoires.

Le reste de cette population vivait dans les zones blanches. Elle était parquée principalement dans des townships et des bidonvilles en périphérie des grandes villes blanches. L’économie de l’Afrique du Sud était fortement dépendante de cette population noire qui servait de réservoir de main-d’œuvre à bon marché. Les conditions de vie dans les bantoustans étaient particulièrement rudes, et l’extrême pauvreté des populations noires était aggravée par le fait qu’elles n’avaient pas accès aux terres les plus fertiles.

Ces entités territoriales furent officiellement dissoutes à la date des premières élections multiraciales d’Afrique du Sud en 1994. Dissoutes sur le papier, mais pas dans la réalité. Il faut traverser cette immense ville de 300 000 habitants pour réaliser qu’il faudra du temps pour inverser les résultats catastrophiques de la pauvreté misérabiliste et de la dépendance endémique que cette politique de l’apartheid a créées. Et les pires conséquences ne sont pas perceptibles par les conditions matérielles et économiques dans lesquelles la population vit. Non, le pire est sournoisement dissimulé derrière l’attitude des gens et tapi au fond de l’âme de la nation arc-en-ciel. C’est la partie invisible de l’iceberg. Sa partie visible se manifeste par la violence qui règne au sein de cette nation.

Au siècle dernier, le Lesotho constituait lui aussi un réservoir de main-d’œuvre pour l’industrie minière sud-africaine. Il est aujourd’hui plus pauvre que son puissant voisin, moins arc-en-ciel, mais plus riche dans ses traditions ancestrales. Les habitants des vallées font souvent face aux sécheresses et à la famine ; un comble si on considère que ce pays alimente en eau l’Afrique du Sud à des coûts ridiculement bas.

Ce que j’ai vu de ce pays (et ce n’est pas grand-chose) m’a rappelé certains paysages du Népal bien que les montagnes soient ici moins hautes et moins escarpées. Il paraît néanmoins qu’elles sont plus abruptes dans d’autres parties du Lesotho. Pas de cavaliers montés sur des yacks. Ils sont à cheval, et les troupeaux de vaches et de moutons sont gardés par de jeunes enfants.

Nous avons grimpé jusqu’à un endroit dans la montagne surplombant le village où nous nous étions arrêtés pour aller admirer des peintures rupestres laissées là par l’ethnie San que j’avais croisée dans le Kalahari. Cette population fut chassée du sud-est du continent africain il y a plusieurs siècles par les Zoulous dans leur progression vers le sud. Il ne reste pas grand-chose de ces peintures. Contrairement à d’autres endroits en Afrique australe où l’on peut en retrouver de semblables, elles ne sont pas protégées et elles sont l’objet de vandalisme ou servent à des rites tribaux.

Avant de repartir en fin de journée, nous avons été conviés dans une hutte à partager avec quelques habitants du village la bière artisanale locale faite à base de maïs. La dégustation se faisait dans un gros récipient en plastique que chacun se passait à tour de rôle pour en boire une gorgée à chaque passage. J’avais en mémoire un autre film, « Fitzcarraldo », dans lequel le personnage principal joué par Klaus Kinkski est invité à partager un breuvage semblable avec les membres d’une tribu amazonienne. Je n’y ai trempé mes lèvres qu’une seule fois et ce fut suffisant. Comme dans ce film où d’autres endroits aussi exotiques et reculés, j’ai pensé que pour faire fermenter ce breuvage, les habitants devaient très certainement cracher dedans. L’exotisme à ses limites.
















Bilan et réflexions

Compte tenu des circonstances, ce bilan a bien failli se limiter à un mois de voyage. Et les raisons qui l’auraient limité à...