Harare m’a réconcilié avec les
villes récentes où je me suis arrêté. C’était pourtant mal parti. Le minibus dans
lequel je suis monté juste après avoir passé la frontière et avoir à peine eu
le temps de boire un jus d’orange allait direct jusqu’à Harare, à quelque 260 km
de là. J’avais été placé juste à côté du chauffeur. Il conduisait prudemment.
Le soleil était de retour. Ça s’annonçait comme une bonne journée.
Dans une ville à mi-chemin perdue au milieu de nulle part, on m’a demandé
de changer de véhicule. J’ignore encore pourquoi. Je n’avais rien à débourser. Ma
place restait la même, mais, entre moi et le chauffeur, il y avait maintenant
deux passagers supplémentaires. Avec mes deux sacs, j’étais un peu à l’étroit.
Je prévoyais quatre heures de trajet et arriver dans la capitale vers 16 h.
Il nous en a fallu cinq pour atteindre sa banlieue. L’hôtel où je comptais
descendre était situé un peu avant l’entrée de la ville. Je l’ai signalé au chauffeur
et j’ai été débarqué à un carrefour. De là, j’ai repris un minibus pour l’hôtel…
qui n’était pas du tout là où je pensais. Je m’étais trompé d’adresse.
Peu de temps après, j’entends derrière moi une voiture ralentir et se
porter à ma hauteur. Amis ou ennemis ? La vitre arrière se baisse et une femme,
un bébé sur les genoux, me demande si je souhaite être déposé quelque part. « Merci
madame. Je suis un peu perdu et n’importe où fera l’affaire ». Je monte à
l’avant à côté du mari et leur explique ma situation. Coup de chance, ils vont à
Harare faire des courses et me proposent de me déposer à une station de taxis.
Ils me parlent de leur pays en évitant les sujets politiques. C’est
quasiment tabou au Zimbabwe de parler de politique et plus encore du président Robert
Mugabe. J’en aurai la confirmation dans les jours qui suivront. Les
conversations avec les Zimbabwéens tournent parfois autour de ce sujet sans
jamais vraiment l’aborder de front.
Il fait nuit noire quand nous atteignons la ville. Le mari ira jusqu’à
négocier le prix du taxi pour moi. Ma première impression de ce pays est plutôt
positive. J’aimerais beaucoup qu’elle le reste.
L’hôtel est situé dans un quartier résidentiel. Il est plein et il ne
reste qu’une caravane dans laquelle m’installer. Ce sera la première fois que
je dormirai dans une caravane. Et je n’y dormirais pas très bien. Le lit doit
faire 1,60 mètre de long et je mesure vingt centimètres de plus. Comme l’hôtel
possède une annexe à deux pas du centre-ville, j’y déménagerai le lendemain
matin.
L’endroit est nettement mieux que la veille avec un joli petit jardin. À
moins de 200 mètres de la résidence présidentielle, je me sens extrêmement bien
protégé. L’Alliance française est juste derrière.
Harare est très britannique ou plus exactement very English. Les noms fleurent bon la quotidienneté londonienne :
Alexandra Park, Mount Pleasant, Marlborough, Higfield, Queensdale. Les hommes
d’affaires ne portent pas le chapeau melon, mais le formalisme est de rigueur.
Les uniformes des collégiens et des lycéens aussi.
Le droit, quant à lui, est très aléatoire et est administré de manière
arbitraire. Si jamais on doit faire face à la justice, il est donc préférable
de compter sur le dollar US — qui depuis 2009 a remplacé le dollar zimbabwéen —
pour que les jugements penchent d’un côté plutôt que de l’autre.
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