Wednesday, July 16, 2014

Doctor Livingstone, I presume?


Le rugissement est saisissant. Sorti des entrailles de la Terre, il déferle comme un raz-de-marée dans un roulement incessant.

J’ai l’impression qu’il va s’abattre sur moi et m’emporter dans l’au-delà. Il est venu de loin, du fond des âges, et ma vie éphémère de mortel compte peu comparé à son éternité. Le bruit s’amplifie, assourdissant, puissant, et l’évidence d’un désastre imminent devient inévitable. La terre va s’ouvrir, m’engloutir.

Puis la fumée apparaît au-dessus de la cime des arbres, dense, blanche. Un souffle de vent violent la pousse subitement dans ma direction. Je ne peux plus reculer. Inutile d’essayer de m’enfuir. Il est trop tard. Elle va m’envelopper, m’étouffer. Je suffoque. Je me résigne. Plus de doutes. Je suis aux portes des enfers et Nyaminyami, la déesse du Zambèze, va m'y entrainer.

La fumée est maintenant sur moi. Mais au lieu de m’asphyxier, elle me recouvre d’une douce fraicheur. Je passe à travers cette brume régénératrice qui se dissipe. Le soleil m’aveugle un instant. J’ouvre les yeux et m’arrête devant ce spectacle. Je suis étourdi. J’en ai le souffle coupé. Devant moi se dressent les Chutes Victoria.

Elles sont majestueuses : un rideau aquatique sur une largeur de 1700 mètres divisés en plusieurs cataractes. Elles sont les plus larges du monde, et se jettent dans une longue faille pour s'échapper par un étroit canyon. Elles peuvent ainsi être vues de face à une distance d'une centaine de mètres à peine.

J’ai passé trois jours à les visiter de bas en haut. Tout d’abord du côté zimbabwéen, à pied et par hélicoptère, et ensuite du côté zambien. La première journée est tombée par hasard le 14 juillet 2014, le jour de mon arrivée au Zimbabwe.

Le premier à les avoir décrites à un public européen friand d’aventures et en pleine conquête coloniale du continent africain fut l’explorateur et missionnaire antiesclavagiste David Livingstone. Il est resté célèbre et est admiré dans toute l’Afrique australe autant auprès des Blancs que des Noirs. J’ai même été surpris de constater que la plaque commémorative installée au pied de sa statue érigée près des chutes était restée en place malgré le nom de « Rhodésie » inscrit dessus, l’ancien nom du Zimbabwe, synonyme d’une période particulièrement tragique pour ce pays.

Mais Livingston a surtout atteint la célébrité grâce au journaliste américain Henry Morton Stanley parti à sa recherche alors qu’on le croyait disparu. Quand Stanley le retrouva, malade, sur les bords du lac Tanganyika, il s’adressa à lui en lui posant cette question emblématique d'une certaine communauté de civilisation au cœur de la jungle : « Doctor Livingstone, I presume? »

























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