J’ai l’impression qu’il va s’abattre sur moi et m’emporter dans
l’au-delà. Il est venu de loin, du fond des âges, et ma vie éphémère de mortel
compte peu comparé à son éternité. Le bruit s’amplifie, assourdissant, puissant,
et l’évidence d’un désastre imminent devient inévitable. La terre va s’ouvrir,
m’engloutir.
Puis la fumée apparaît au-dessus de la cime des arbres, dense, blanche.
Un souffle de vent violent la pousse subitement dans ma direction. Je ne peux
plus reculer. Inutile d’essayer de m’enfuir. Il est trop tard. Elle va m’envelopper, m’étouffer. Je suffoque. Je me
résigne. Plus de doutes. Je suis aux portes des enfers et Nyaminyami, la déesse
du Zambèze, va m'y entrainer.
La fumée est maintenant sur moi. Mais au lieu de m’asphyxier, elle me
recouvre d’une douce fraicheur. Je passe à travers cette brume régénératrice qui
se dissipe. Le soleil m’aveugle un instant. J’ouvre les yeux et m’arrête devant
ce spectacle. Je suis étourdi. J’en ai le souffle coupé. Devant moi se dressent
les Chutes Victoria.
Elles sont majestueuses : un rideau aquatique sur une largeur de
1700 mètres divisés en plusieurs cataractes. Elles sont les plus larges du
monde, et se jettent dans une
longue faille pour s'échapper par un étroit canyon. Elles peuvent ainsi être
vues de face à une distance d'une centaine de mètres à peine.
J’ai passé trois jours à les visiter de bas en haut. Tout d’abord du côté
zimbabwéen, à pied et par hélicoptère, et ensuite du côté zambien. La première journée est tombée par hasard le 14 juillet 2014,
le jour de mon arrivée au Zimbabwe.
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